Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara tombait sous les balles au Conseil de l’Entente, à Ouagadougou. Trente-neuf (39) ans plus tard, son nom continue de résonner dans la conscience collective nationale et internationale. Ses idéaux de souveraineté, de dignité nationale et de lutte contre l’impérialisme traversent les générations et retrouvent une place centrale dans le discours politique du Capitaine Ibrahim Traoré.
Près de quatre décennies après cette tragédie, la question demeure : la révolution sankariste a-t-elle véritablement disparu avec son initiateur ?
Une révolution interrompue, un héritage toujours vivant
L’assassinat de Thomas Sankara reste l’un des épisodes les plus douloureux de l’histoire politique du Burkina Faso. Le procès organisé à Ouagadougou entre octobre 2021 et mai 2022 a permis de juger plusieurs protagonistes de cette affaire historique. Pourtant, certaines interrogations demeurent, notamment sur les circonstances précises du drame et sur les ressorts des divisions qui ont conduit à la fin brutale de la Révolution Démocratie Populaire (RDP).
L’absence de Blaise Compaoré, jugé par contumace, a notamment marqué ce procès. D’autres protagonistes, dont Hyacinthe Kafando, n’ont pas comparu devant la justice. Autant d’éléments qui continuent d’alimenter les débats sur cette page sombre de l’histoire nationale.
Mais la mort du président révolutionnaire n’a pas emporté toutes ses idées. Bien au contraire, celles-ci ont progressivement dépassé le cercle de ses compagnons pour s’ancrer dans l’imaginaire de nombreuses sur le plan national et international.
De l’héritage politique à l’aspiration populaire
Au fil des années, plusieurs responsables politiques ont tenté de prolonger le combat sankariste. Me Bénéwendé Sankara et d’autres acteurs se réclamant de cette pensée ont porté les idéaux de l’ancien président dans l’arène politique, sans parvenir à faire du sankarisme une force dominante durable.
L’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 a néanmoins illustré la persistance d’une aspiration à la rupture avec l’ordre politique établi. Pour une partie de la population, la référence à Sankara demeurait associée à l’intégrité, à la justice sociale et à l’émancipation nationale.
Ibrahim Traoré, une nouvelle incarnation de l’idéal sankariste ?
Depuis son arrivée au pouvoir le 30 septembre 2022, Ibrahim Traoré revendique une orientation politique axée sur la souveraineté nationale et la transformation du Burkina Faso. La Révolution Progressiste Populaire (RPP) s’inscrit dans cette dynamique, avec un discours mettant en avant l’indépendance économique, la production locale et la remise en question des partenariats traditionnels.
La rupture avec la France constitue l’un des symboles les plus visibles de cette orientation. Là où Sankara avait exprimé ses divergences avec Paris, notamment lors de la visite de François Mitterrand à Ouagadougou en novembre 1986, Ibrahim Traoré a engagé une politique de rupture plus marquée avec l’ancienne puissance coloniale.
Cette convergence nourrit, chez ses partisans, l’idée d’une continuité historique entre les deux dirigeants. Mais l’héritage sankariste ne se limite pas à la politique étrangère. Il implique également des exigences de justice sociale, d’exemplarité dans la gestion publique et d’amélioration des conditions de vie.
« Mille autres Sankara » : une prophétie qui traverse le temps
La formule annonçant que mille autres Sankara naîtront de son sacrifice est devenue un symbole de la résistance de son idéal. Pour de nombreux partisans de la révolution actuelle, Ibrahim Traoré incarne cette relève générationnelle.
Trente-neuf ans après le drame du Conseil de l’Entente, le débat ne porte donc plus seulement sur la disparition de Sankara, mais sur la capacité de ses héritiers à transformer son héritage en résultats concrets.
La souveraineté se mesurera à la capacité du pays à répondre aux besoins de sa population, à renforcer son économie, à améliorer la sécurité et à garantir une justice accessible à tous.
Le temps dira si cette nouvelle séquence politique permettra d’inscrire durablement les idéaux sankaristes dans les réalités du Burkina Faso. Une chose demeure : près de quatre décennies après sa mort, Thomas Sankara continue de peser sur le présent et d’inspirer les débats sur l’avenir du pays.
Source : ACONEWS
